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Point lecture : Dans l'enfer quotidien de Boko Haram

Point lecture : Dans l'enfer quotidien de Boko Haram

Par Zora Ait El Machkouri

« J’étais une fille autrefois, c’est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier. Emmenée en trombe à travers cette forêt que j’ai vue, cette première nuit d’effroi, quand mes amies et moi avons été arrachées à l’école. »

Le lecteur de Girl, œuvre de la talentueuse romancière Edna O’Brien, est rapidement happé par le récit de la narratrice, Maryam, kidnappée par un groupe terroriste dans son internat avec ses camarades. La jeune fille tente de survivre aux horreurs sans noms qu’elle subit, puis trouvera la force de s’échapper.

Grâce à un style percutant et sensible, le lecteur souffre, suffoque et pleure avec Maryam. Tout au long de l’histoire, il s’accroche à la moindre lueur d’espoir qui peut surgir de la noirceur quotidienne dépeinte par l’auteure irlandaise.

Non seulement son roman s’inspire de l’enlèvement de 276 lycéennes nigérianes par des combattants islamistes du mouvement Boko Haram dans la ville de Chibok (État de Borno, nord-est) dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, mais O’Brien a surtout pris le temps – près de trois ans – de mener son enquête sur place afin de recueillir les témoignages d’anciennes prisonnières et des ONG présentes sur place.

Rappelons que la communauté internationale avait été sensibilisée à cette tragédie grâce au mot-clé #BringBackOurGirls (Ramenez nos filles, en anglais) repris à grande échelle sur les réseaux sociaux, notamment par des personnalités telles Michelle Obama, Christiane Taubira, Hillary Clinton et Wyclef Jean. À ce jour, 57 filles avaient réussi à s’échapper peu après leur enlèvement en sautant des véhicules en marche, 107 d’entre elles ont été libérées en 2016 et 2017, au terme de négociations entre le gouvernement et le groupe terroriste. Les autres n’ont jamais été retrouvées.

En nous plongeant dans son esprit, la jeune protagoniste de Girl nous fait partager la violence psychologique, physique et sexuelle qu’elle éprouve au plus profond de sa chair, mais aussi ses peurs, ses angoisses, le lavage de cerveau qu’elle subit chaque jour en répétant des sourates dont elle ignore et la langue et la signification. Une vie d’esclave rythmée par le son des prières imposées et les mariages forcés entre les bourreaux et leurs jeunes victimes. Une vie qui continue malgré tout, grâce aux souvenirs de sa vie heureuse d’avant.

Au cœur de ce tableau d’horreur, les jeunes filles terrifiées et abusées se serrent les coudent, sanglotent et se soumettent, impuissantes, à leurs ravisseurs. Mais grâce à sa foi en la vie et à son esprit tenace, Maryam parviendra tout de même à s’échapper de cet enfer avec son enfant. Le lecteur la suit dans leur échappée, tous deux errants affamés à travers la forêt. Mais le retour parmi les siens sera loin d’être simple, compliqué par le rejet de celle qu’elle est devenue.

Une histoire romancée au singulier, qui se rapproche fort probablement de celles, réelles, qu’ont vécu toutes les lycéennes dont on n’a plus jamais entendu parlées. Un récit puissant qui a permis à Edna O’Brien de recevoir en novembre un Prix Femina spécial, en plus du Prix Médicis étranger 2019.

Girl
Edna O’Brien
Traduit de l’anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat
Sabine Wespieser Éditeur

Dans la catégorie Numéro 44 (Déc 2019-Fév 2020)

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