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(Photo : MINUSS)

Humanitaire: Quand la détresse alimentaire est nourrie par l'Homme

Par Hélène Schaff

Cette année encore, le Soudan du Sud est en proie à une grave insécurité alimentaire. Neuf de ses 11 millions d’habitants auront besoin d’aide humanitaire pour survivre. La fertilité des terres n’est pourtant pas en cause dans ce pays bordé par le Nil. La faim y est presque entièrement induite par l’Homme. Explications.

Plus jeune pays du monde, la République du Soudan du Sud s’est séparée de la partie nord du Soudan en 2011. Loin de résoudre les conflits politiques, la partition a mené au pouvoir deux forces issues des mêmes rangs qui se sont rapidement opposées : le président, Salva Kiir, d’origine dinka, et le vice-président, Riek Machar, d’origine nuer. Résultat : une guerre civile éclate en 2013 et en cinq ans, pas moins de 400 000 personnes décèdent alors que des millions d’autres sont déplacées. Depuis 2018, un processus de paix est mené sous l’égide des Nations unies (ONU), mais sa mise en œuvre reste sommaire. Les violences se poursuivent et avec elles, la détresse alimentaire.

Pour tenter de comprendre la situation sud-soudanaise, il faut d’abord saisir l’origine du conflit et les forces en présence. D’après le Dr Marc Lavergne, géopolitologue et directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scien¬tifique (CNRS) à l’Université de Tours, en France, les apparences peuvent s’avérer trompeuses. « Le conflit n’est pas une guerre ethnique, explique-t-il. Les Nuers et les Dinkas présentent peu de différences entre eux ; ils vivent ensemble depuis des siècles. »

La genèse du conflit tient en fait à une scission interne des forces au pouvoir, « des soudards » qui se disputent la mainmise sur le pays, et par le fait même l’accès à ses ressources : terres, bétail ou encore pétrole, qui représente 70 % du PIB national.

Emmanuelle Veuillet, doctorante en sciences politiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et spécialiste du Soudan du Sud, abonde dans ce sens. Elle soutient par ailleurs que c’est le président Salva Kiir qui « a attribué une lecture identitaire [à la situation], provoquant un dérapage et un ciblage ethnique envers les Nuers ».

La polarisation s’est ensuite étendue à d’autres groupes ethniques, qui ont été progressivement associés à l’opposition. Les violences régionales et locales se déroulent donc sur fond de manipulation et de mobilisation des populations par les élites des deux camps, estiment les experts consultés. Ce sont elles qui forment et arment des milices, tout en offrant leur protection à la population en échange d’allégeances politiques. Ainsi, les milices en place travaillent à contrer l’opposition, mais aussi à « punir » les civils soupçonnés d’appartenir ou soutenir le camp opposé.

La faim, arme de guerre

Alors que 95 % des Sud-Soudanais dépendent de l’agriculture de subsistance, ce sont ces « punitions » ciblant directement leur production – ainsi que des causes indirectes liées au conflit –, qui ont entraîné la population dans une grande détresse alimentaire. Une partie du pays, alors en pleine guerre civile, a été déclarée en état de famine en février 2017.

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Dans la catégorie Num. 50 (Juin-Oct. 2022)

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