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François LaRochelle (Photo : Courtoisie)

Expertise québécoise: Les printemps arabes 2.0

En décembre 2010, un jeune vendeur de Sidi Bouzid en Tunisie s’immolait par le feu. Son geste a déclenché un grand mouvement de révolte au Moyen-Orient menant à la chute de quelques dictateurs, à de tragiques guerres civiles et à des interventions étrangères. En 2019, la région est plus divisée que jamais, les populations sont plus pauvres et des nations ont été détruites. Mais les aspirations au changement ne se sont pas tues, comme cela se voit en Algérie et au Soudan.

Par François LaRochelle

Le bilan des printemps arabes de 2011 n’est guère reluisant, sauf pour la Tunisie. Après le départ de Ben Ali, les Tunisiens ont en effet fait preuve de résilience et de pragmatisme politique. Ils ont défié le terrorisme djihadiste et se sont résolument tournés vers la démocratie et la modernité. Ils se sont dotés d’une constitution unique pour la région, qui confirme l’égalité homme-femme et la liberté de conscience. Un récent rapport de Reporters sans frontières place la Tunisie au premier rang des pays arabes concernant la liberté de la presse, bien loin devant ses voisins maghrébins. Le pays est cependant confronté à des défis économiques qui pourraient jouer sur l’avenir de ce projet de société. Des élections législatives auront lieu en octobre prochain, puis des présidentielles en novembre. Elles devraient donner le ton pour la suite des évènements.

Ailleurs, les retombées sont assez catastrophiques.

En Syrie, le long conflit fratricide a causé la mort d’un demi-million de personnes, forcé 5,6 millions d’autres à devenir des réfugiés et 6,6 millions des déplacés internes. Sur une population totale de 21 millions au début du conflit, cela fait beaucoup. La Banque Mondiale estime le coût de la reconstruction du pays à plus de 300 milliards de dollars américains. Toutefois, avec la perte du trois quarts de son PIB, il est facile d’imaginer qu’il faudra des générations avant que cette nation renaisse de ses cendres.

La Libye – débarrassée de Mouammar Kadhafi, mais aussitôt abandonnée à son sort par les Occidentaux – est déchirée. Un maréchal autoproclamé, Khalifa Haftar, contrôle une bonne partie du territoire, notamment les puits de pétrole. Il s’est lancé à la conquête de Tripoli, où se trouve le siège du gouvernement reconnu par la communauté internationale. Soutenu par l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et le président américain Donald Trump, Haftar se voit comme le nouvel homme fort du Maghreb. Les pertes en vies humaines ainsi que les exactions sont déjà nombreuses dans cette nouvelle guerre civile.

En Égypte, un autre ex-militaire, le maréchal Abdel Fattah Al Sissi, vient de faire modifier la Constitution afin de lui permettre de rester « pharaon » jusqu’en 2030. Il s’est aussi donné davantage de pouvoirs, de même qu’à l’armée. Le tout a été l’objet d’un référendum, qui s’est tenu quatre jours après l’adoption du changement. Un record, sans doute. Facile d’imaginer que les débats n’ont pas été très contradictoires ! Pendant ce temps, la répression est pire que du temps de son prédécesseur, sous prétexte de la lutte au terrorisme et du développement.

Au Yémen, le cessez-le-feu négocié par les Nations unies semble tenir pour l’instant, mais là aussi, les bombardements d’une coalition menée par l’Arabie saoudite contre la rébellion houtie laissent une nation en lambeau et des milliers de victimes civiles, en particulier les enfants. Déjà le pays le plus pauvre de la région, le Yémen n’est pas à la veille de s’en remettre.

Le printemps de 2011 a aussi vu naître des espoirs de changement au Bahreïn, écrasés là encore par la monarchie saoudienne qui est intervenue militairement avec ses alliés du Conseil de coopération du Golfe (Qatar, Koweït, Oman et Émirats arabes unis) pour maintenir la minorité sunnite au pouvoir contre la majorité chiite. Mais alors que l’on croyait ces épisodes révolutionnaires terminés, voilà qu’ils reprennent vie en 2019, cette fois en Algérie et au Soudan.

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François LaRochelle

Titulaire d’un diplôme d’études arabes de l’American University in Cairo (Égypte), et avocat de formation, François LaRochelle a occupé diverses fonctions au ministère des Affaires étrangères du Canada. Il a entre autres été ambassadeur du Canada en Syrie, au Liban et en Égypte, ainsi que membre de la délégation canadienne à l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Ces expériences lui confèrent un grand savoir du Moyen-Orient et du Maghreb. M. LaRochelle est diplomate en résidence à l’IEIM.

Dans la catégorie Numéro 42 (Juin-Août 2019)

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