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Ginette Chenard (Photo: Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatique)

États-Unis: Vague de manifestations contre le racisme et la brutalité policière

Quelques mots pour appréhender la crise américaine

Par Benoîte Labrosse

Depuis la diffusion d’une vidéo amateur montrant l’Afro-Américain George Floyd mourir asphyxié après 8 minutes 46 secondes sous le genou du policier Derek Chauvin, les manifestations contre le racisme et la brutalité policière se sont succédé dans des centaines de villes à travers les États-Unis. Ainsi qu’un peu partout sur la planète, en appui aux revendications de dizaines de milliers d’Américains de toutes origines, mais aussi pour mettre en lumière les inégalités constatées dans leur propre pays. Pour tenter de mieux saisir l’ampleur de cette vague de protestation populaire qui ne semble pas vouloir faiblir, Sans Frontières s’est entretenu début juin avec Ginette Chenard, co-présidente de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatique rattachée à l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’ancienne déléguée du Québec à Atlanta. Éclairage en sept thèmes.

Malaises

Quand on lui demande pourquoi la mort de Georges Floyd, survenue le 25 mai à Minneapolis, au Minnesota, a déclenché un tel mouvement de protestation à travers tout le pays, Ginette Chenard répond qu’il s’agit de « l’expression de deux malaises qui se chevauchent ». Le premier concerne « le retour d’une continuité historique de la discrimination raciale aux États-Unis, et de la loi du silence qu’il l’accompagne ». Celle qui est également l’auteure de l’ouvrage d’analyse Le Sud des États-Unis — Noir, Blanc, Rouge (Septentrion, 2016) rappelle que « déjà en 1930, [le philosophe politique français] Alexis de Tocqueville écrivait que dans les États du Sud, on se tait, on se cache et on évite de s’expliquer ». Ce refus d’aborder la question de l’esclavage – et des séquelles qui persistent – perdure encore aujourd’hui, note la chercheuse. « L’ancien président Jimmy Carter a déclaré [le 3 juin] : “Le silence peut être aussi meurtrier que la violence”. Ça veut tout dire. »

Le deuxième malaise relevé par Mme Chenard est celui provoqué par « l’autoritarisme du président Donald Trump ». Il s’illustre, entre autres, par la volonté de celui-ci d’un retour au régime de la loi et l’ordre – inspiré de l’ancien président Richard Nixon –, par son appel à l’armée afin de contrôler des manifestants et par les déclarations incendiaires du président à l’intention de nombreux maires et gouverneurs qui ne sont pas de son avis. « L’objectif de Trump est de consolider les alliances qui le maintiennent au pouvoir et de plaire à sa base électorale, qu’il veut conserver pour ses élections en novembre », résume-t-elle. Ce malaise a également des répercussions planétaires « lorsque Trump prend des décisions unilatéralement et qu’il impose au reste du monde », ajoute-t-elle.

Prise de conscience

La mort de Georges Floyd aux mains des forces de l’ordre est survenue quelques semaines après celles des Afro-Américains Breonna Taylor et d’Ahmaud Arbery. La première répondante de 26 ans a été tuée par balles dans son appartement de Louisville, au Kentucky, dans la nuit du 13 mars, pendant une perquisition policière « surprise » (no-knock search warrant). Quant au joggeur de 25 ans, il a été abattu le 23 février dans une rue résidentielle de Brunswick, en Géorgie, par le policier retraité Gregory McMichael et son fils Travis. L’évènement a été filmé et diffusé à grande échelle, tout comme l’arrestation de Georges Floyd, qui était âgé 46 ans.

« Les cellulaires et les réseaux sociaux ont accéléré la prise de conscience des Américains concernant la brutalité policière et du problème de la discrimination raciale », estime Ginette Chenard. Elle souligne que, selon les données recueillies et analysées par le Pew Reserch Center, l’opinion publique nationale à ce sujet a beaucoup changé au cours des dernières années. « Les Noirs et les Blancs sont de plus en plus d’accord pour dire qu’il existe un racisme systémique aux États-Unis qui doit être réglé », résume-t-elle.

Diversité

« Nous constatons que la foule des manifestants est surtout composée de jeunes, poursuit Ginette Chenard. Mais ces jeunes-là ne sont pas seulement des Afro-Américains : il y a beaucoup de Blancs, d’Hispaniques et d’Asiatiques. Tous font partie d’un même mouvement de refus de la discrimination raciale, et surtout de la brutalité policière. C’est un élément de changement. »

Un constat qui reflète la réalité démographique du pays : le Bureau du recensement des États-Unis a estimé en 2018 que les Blancs y deviendront minoritaires en 2045. Ils représenteront alors 49,7 % de la population, aux côtés de 24,6 % d’Hispaniques, de 13,1 % d’Afro-Américains et de 7,9 % d’Asiatiques.

Black Lives Matter

Le mouvement Black Lives Matter (BLM ; les vies noires comptent, en français) est né sur les réseaux sociaux en 2013 à la suite de l’acquittement de George Zimmerman, qui avait abattu l’adolescent noir Trayvon Martin en Floride l’année précédente. Les manifestations associées à BLM se sont multipliées à partir de 2014, à la suite de la mort des Afro-Américains Michael Brown à Ferguson (Missouri) et Eric Garner à New York. Ce dernier est lui aussi décédé lors de son arrestation, alors qu’il était maintenu au sol par un policier Blanc après avoir répété I can’t breathe (Je ne peux pas respirer, en français) à plusieurs reprises, tout comme Georges Floyd.

Le mouvement BLM n’avait toutefois pas la faveur de l’opinion publique, du moins jusqu’à tout récemment...

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Dans la catégorie Num. 46 (Juin-Oct 2020)

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