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Environnement: les finances dans le rouge nuiront-elles à la relance verte?

Environnement: les finances dans le rouge nuiront-elles à la relance verte?

Par Jean-François Venne

La relance post-pandémie constituera-t-elle l’occasion de donner un coup d’accélérateur au virage vert, ou marquera-t-elle au contraire un recul sur plusieurs fronts environnementaux ? Rappelons que le 25 mai dernier, plus de 40 millions de professionnels de la santé et de l’environnement, de 90 pays, signaient un plaidoyer demandant aux dirigeants du G20 de saisir l’occasion de la reprise économique afin de prioriser les investissements en santé mais aussi en environnement. Les écologistes québécois se lancent déjà dans ce qu’ils voient comme une bataille, partagés entre craintes et espoirs.

Convaincu que la relance devra être verte, l’expert en économie environnementale Alain Webster rappelle que la pandémie n’a pas atténué la réalité des changements climatiques. « Nous nous trouvons toujours devant le même échéancier : nous avons trois décennies pour devenir carboneutres, précise ce professeur de l’Université de Sherbrooke. Nous gardons la même obligation collective de réussir cette transition écologique. »

La crise sanitaire actuelle pourrait toutefois devancer le moment des prises de décisions. Des investissements aussi massifs que ceux qui seront consacrés à la reprise économique ne peuvent se répéter à courte échéance. Si les États n’en profitent pas dès maintenant pour financer le virage vert, ils pourraient bien ne plus avoir les moyens de le faire au cours des prochaines années. « Ces fonds devront bien sûr viser des gains économiques, mais ils devront également nous placer sur la trajectoire de la carboneutralité », affirme M. Webster.

C’est pourquoi les organismes de défense de l’environnement multiplient les demandes et les recommandations aux chefs d’État depuis plusieurs semaines. Greenpeace exige même que les financements consacrés à soutenir et remettre sur pieds des entreprises soient conditionnels à des contreparties écologiques. « Les plans de relance économique doivent permettre de relancer une nouvelle économie adaptée au défi climatique, qui réponde aux crises environnementales tout en garantissant des salaires équitables et des protections sociales pour chacune et chacun au pays », déclare Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace. Il ajoute qu’environnement, économie, emplois et santé sont fortement liés et que les États auraient tort de les opposer.

Réfléchir à une nouvelle économie

C’est pourtant ce que craignent de nombreux défenseurs de l’environnement. « Bien sûr que je suis inquiète, parce que le sentiment d’urgence pourrait inciter les gouvernements à se tourner vers ce qu’ils connaissent plutôt que de saisir l’occasion de changement qu’offre cette crise », s’alarme l’écosociologue Laure Waridel, co-porte-parole du Pacte pour la transition.

Le 3 juin dernier, le Pacte publiait d’ailleurs un plan d’action intitulé « 101 idées pour la relance ». Il propose notamment la création d’un « super fonds de la transition » visant à mieux coordonner les actions des investisseurs institutionnels au Québec, ainsi que l’instauration de chantiers régionaux pour la transition et la mise sur pied d’un Conseil national de la transition. « La transition écologique se fera partout sur le territoire, il importe donc de mener ensemble cette réflexion pour savoir quelle économie au juste on veut relancer », ajoute Mme Waridel.

La présidente du Réseau des femmes en environnement (RQFE), Élyse Arcand, ne se sent pas rassurée non plus par le discours qu’elle entend de la bouche des gouvernements québécois et canadien. Elle sent que l’urgence de réanimer une économie exsangue semble prendre le pas sur la nécessité d’un virage vert. « Pourtant, il s’agit d’une occasion mondiale de réfléchir, juge-t-elle. Nous venons de constater notre capacité d’effectuer une pause et de placer l’humain au centre des préoccupations pour faire front commun contre une menace sanitaire. Comment après cela revenir à un discours purement économique ? »

Le 30 avril, le RQFE a diffusé une lettre signée par plus de 1 700 femmes et adressée au premier ministre québécois François Legault. Les signataires exigent notamment que les ministres de l’Environnement et de la Lutte au changement climatique, de la Santé et des Services sociaux, de la Condition féminine ainsi que des Aînés et Proches aidants soient intégrés à l’équipe de relance économique du gouvernement du Québec...

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