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(Photo: Twitter / François Legault)

Éditorial. Le Québec, le premier de classe trop impatient ?

11-05-2020 dans Amériques

Le Québec, province canadienne de 8,5 millions d’habitants, a su prendre des mesures hâtives avec un confinement rapide de sa population dès le 16 mars. Le trio gagnant gouvernemental – composé du premier ministre provincial François Legault, de sa ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle MacCann et du Directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda – a su rythmer quotidiennement des conférences de presse pédagogiques et populaires. Mais alors que M. Legault se vantait d’être à la tête d’une province championne du confinement, les dernières semaines esquissent un déconfinement brouillon ponctué de couacs gouvernementaux, notamment à travers la réouverture des classes.

Par Zora Ait El Machkouri

Malgré un total dépassant les 37 000 cas et frôlant les 3000 décès, le Québec rouvrira ses écoles primaires et ses garderies ce 11 mai partout à travers la province, excepté dans la grande région de Montréal. Cette réouverture des classes primaires fait de la Belle Province la première région en Amérique du Nord à rouvrir ses écoles, devant toutes les provinces canadiennes et tous les États américains. Pourquoi un tel empressement alors que le pic atteint autour du 18 avril s’apparente de plus en plus à un long plateau et qu’il manque près de 11 600 employés – absents ou malades – dans le réseau de la santé ?

François Legault, dirigeant et fondateur d’Air Transat dans une ancienne vie, est ainsi passé de bon père de famille – tel qu’il a été décrit par de nombreux commentateurs politiques en début de pandémie – à improvisateur en chef qui sacrifie le bien-être des enfants sur l’autel de l’économie. Et ce, même s’il a réitéré le 7 mai qu’il se basait avant tout sur les disponibilités de lits et le taux de contagion, deux aspects « sous contrôle à l’exception de la grande région de Montréal ».

Tout ça alors que la province voisine, l’Ontario – plus populeuse avec 14,5 millions d’âmes et affichant moins de cas (20 238), moins de morts (1 634) et une stabilisation effective – a prolongé la fermeture des classes jusqu’à la fin mai. Son gouvernement est en train de consulter les parents par email pour un retour éventuel en juin. Son premier ministre, Doug Ford, a d’ailleurs souhaité bonne chance à son homologue québécois en précisant lors de son point presse du 29 avril que lui ne pouvait pas « risquer la santé et le bien-être des gens en Ontario pour [sauver] quelques semaines ou mois ». Les enseignants ontariens assurent pour l’instant à leurs élèves quelques heures par semaine de cours en ligne.

Au Québec, des enseignants, des éducatrices en petite enfance et des parents d’élèves remettent en question la possibilité de surmonter ce défi logistique et sanitaire qu’est la réouverture des écoles primaires et des garderies en maintenant la distanciation sociale, les contacts et les jeux extérieurs interdits et des classes composées de 15 élèves maximum. Certains pointent l’improvisation à peine voilée du gouvernement Legault ces dernières semaines.

Dans un premier temps, le 4 mai, il a répété aux enseignants, éducateurs et autre personnel scolaire (chauffeur de bus, secrétaire, etc.) de plus de 60 ans de rester à la maison, comme il s’agit d’une population considérée à risque avec un taux de mortalité de 6,5 % chez les 60-69 ans. Mais 48 heures plus tard – et devant une pénurie de personnel – le gouvernement a fait volte-face en conférence de presse, par la voix de la vice-première ministre Geneviève Guilbault, en demandant au personnel scolaire de moins de 70 ans de retourner au travail, vu que ce serait « sans risque important pour la santé ».

Alors que les directeurs d’écoles et de garderies se préparaient à un retour des enfants, les voilà donc quelques heures plus tard à devoir intégrer du personnel sexagénaire. Ce même personnel qui se demande ce qui l’a fait passer de population à risque à force vive pouvant retourner auprès des enfants « sans risque important ». Ces contradictions – qui en font sourciller plus d’un – s’expliquent pour beaucoup par la volonté du gouvernement de François Legault de précipiter un retour des parents au travail, comme il a mis l’économie au cœur de ses décisions depuis le début de son mandat.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) dénoncent cette improvisation flagrante. « Sur quelles études scientifiques se base la Direction de la santé publique du Québec pour modifier sa propre recommandation et qui fait que des personnes qui étaient à risque il y a cinq jours ne le sont plus aujourd’hui ? », se questionne de son côté la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) dans un communiqué publié le 6 mai.

Autre incohérence soulevée : une éducatrice de 60 ans dans la petite enfance en bonne santé peut donc aller travailler en garderie, dès le 11 mai, mais sans pouvoir aller voir ses petits-enfants, vu que les rassemblements familiaux ne sont pas encore permis. Mais là aussi, devant une telle situation absurde, le gouvernement faite volte-face et permet, depuis le 7 mai, aux grands-parents de moins de 70 ans de garder leurs petits-enfants, si les deux parents travaillent, mais sans câlins, avec un masque et sans « faire de souper ensemble »!

Face aux voix qui s’élèvent, le premier ministre Legault a demandé aux Québécois d’être patients et de faire preuve d’indulgence. « C’est la première fois qu’on fait ça. On va essayer de le faire le mieux possible, mais il faut s’attendre à ce qu’il y ait des ajustements », a-t-il déclaré le 4 mai en conférence de presse. Aux parents inquiets, il assure qu’il comprend ceux qui veulent garder leurs enfants à la maison. Et aux enseignants nerveux qui voudraient, au minimum, porter des masques, il a répondu que « la santé publique ne pense pas que c’est nécessaire, mais [que] ça ne peut pas nuire ». Des imprécisions qui on finit par obliger le ministère de l’Éducation à s’engager à fournir des masques aux enseignants dès le 11 mai, masques qui leur étaient, dans un premier temps, refusés.

La confusion est aussi au rendez-vous du côté du ministère de la Famille, qui chapeaute les garderies privées et publiques. Son ministre, Mathieu Lacombe, a demandé aux parents de se préparer à faire garder leurs enfants à la maison par un « proche » ou un « étudiant », car il risque de manquer de places à partir du 11 mai. « On a la moitié seulement des places, au maximum, qui sont disponibles, a-t-il admis le 6 mai. C’est sûr, c’est certain qu’on ne pourra pas répondre à toute la demande ». Une déclaration qui a ajouté à la confusion ambiante puisque la plupart des proches qui peuvent garder les enfants sont… des grands-parents âgés de plus de 60 ans !

Face à la précipitation désorganisée du gouvernement, les commissions scolaires anglophones ont tenté de s’opposer en annonçant qu’elles décideront « si et quand » leurs écoles ouvriront de nouveau. Mais le gouvernement leur a opposé une fin de non-recevoir, arguant qu’elles n’étaient pas dans leur champ de compétence.

Québec se défend quotidiennement dans ses conférences de presse, et avance qu’il suit uniquement les recommandations de la Direction nationale de santé publique. Laquelle a déclaré qu’un confinement prolongé aurait un effet néfaste dévastateur sur le développement des petits, une prise de position appuyée par ailleurs par l’Association des pédiatres de la province.

Toutefois, alors que les services de garde semblaient jusqu’à présent épargnés, on apprenait le 6 mai qu’une garderie – réservée aux enfants des travailleurs essentiels – située à Mascouche, dans le nord de Montréal, devenait le premier foyer d’éclosion connu dans un service de garde du Québec. Quatre employés et 12 enfants sur 27 ont contracté le virus.

C’est donc dire que le 11 mai sera un test grandeur nature pour François Legault, qui espère que cette rentrée jugée précipitée par plusieurs se passera aussi bien que la réouverture, le 4 mai, des commerces, qui ont une porte donnant sur la rue, de l’extérieur de la grande région de Montréal. Qui a semblé se passer sans accroc, pour l’instant.

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