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La Déclaration universelle des droits de l'homme a fêté ses 70 ans

Éditorial : Dans 70 ans

La Déclaration universelle des droits de l’homme a fêté ses 70 ans le 10 décembre dernier. Généralement considérée comme étant le fondement du droit international en matière de droits de l’homme, elle est également un prisme à travers duquel nous pouvons analyser les grands enjeux contemporains.

Rappelons que les droits de l’homme incluent le droit à la vie et à la liberté. Pour tous. Sans distinction, de race, de sexe, de nationalité, d’ethnie, de langue, de religion. Mis en perspective, il faut reconnaître que les droits de l’homme ont connu une avancée spectaculaire dans différentes régions du globe depuis 1948. Mais lorsque l’on s’attelle à analyser plus en profondeur les évènements contemporains, une tendance claire se dessine. Une régression – voire un net recul – des droits humains est en cours sous de nombreuses latitudes.

Des signes avant-coureurs convergent pour nous faire croire que ces droits universalistes perdent du terrain. Ils sont bafoués – directement ou indirectement –, et anéantis au nom de principes relativistes plus simplistes et dangereux. L’idéal universel devient inaudible. Pas seulement dans les dictatures coutumières, mais également, de manière plus insidieuse, dans de grandes démocraties occidentales.

Internet, critiquable à bien des égards, est un parfait reflet de ce repli. La haine, le racisme, les préjugés, la pensée simpliste viennent court-circuiter les débats de fonds à travers les réseaux sociaux ultra-permissifs. La désinformation y est légion et fait le lit de certains partis politiques qui nourrissent ainsi leur propagande électoraliste afin d’écraser les droits fondamentaux des marginalisés et des plus démunis.

Un des exemples les plus flagrants de ce nouveau mécanisme de la pensée réductrice est le discours tenu avant, pendant, et après l’adoption du Pacte de Marrakech. Un pacte non contraignant visant une gestion plus humaine des flux migratoires, mais dont le débat de fond et la portée pédagogique – qui auraient dû être le travail des médias et de l’ONU –, se sont noyés dans une masse de fausses nouvelles. Encore une fois, les réfugiés et les migrants ont été stigmatisés, et leurs droits les plus fondamentaux dénigrés sur la place publique.

Les moins gênés ont réduit le Pacte à un laisser-aller autorisant les flux massifs de migrants dans le monde et menant à la perte des souverainetés nationales. L’Australie, les États-Unis, la Hongrie, l’Italie, l’Autriche ou la Pologne sont entrés dans le jeu dangereux de la désinformation en refusant de signer le texte. Ce sont aussi ces pays où les migrants voient leurs droits bafoués... Coïncidence ?

Le risque de la bêtise qui se répand est la normalisation du relativisme sur tout et pour tout. Au point d’en oublier l’essence même d’un texte fondateur comme la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le relativisme vient nécessairement à repousser toute empathie sous couvert de non-ingérence, même quand les droits humains se meurent. Le rôle des médias, soit de braquer les projecteurs sur les injustices et les droits humains menacés – comme nous le faisons dans les pages de cette édition – devient alors vital.

Prenons le cas des Ouïghours, ce peuple musulman vivant en Chine. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, toute démonstration publique de leur appartenance culturelle ou religieuse est considérée comme signe d’un comportement extrémiste. Les ONG internationales soupçonnent qu’un million de personnes sont emprisonnées et torturées dans des camps d’internement. Beijing répond qu’il ne s’agit là que de « camps de formation » à fréquentation volontaire…

Pendant ce temps au Brésil, le président d’extrême-droite Jair Bolsonaro prévoit réduire considérablement les droits ancestraux des populations indigènes, car il estime leurs terres plus utiles à servir les grandes exploitations agricoles. L’ONG Survival International parle même d’« une véritable déclaration de guerre contre les peuples autochtones » du plus vaste pays latino-américain.

Malheureusement, notre portrait n’est pas exhaustif. Nous aurions pu citer le Venezuela, le Soudan, l’Algérie, où, comme vous pourrez le lire dans nos pages, les combats pour les droits de l’homme grondent, se manifestent et résistent, souvent contre un pouvoir abusif. Souhaitons que dans les 70 prochaines années, l’essence de la Déclaration universelle des droits de l’homme continue de vivre et de progresser, car la lutte pour leur défense en est une sans fin.

Dans la catégorie Numéro 41 (Mars-Mai 2019)

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