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Éthiques et Sociétés Communication

(Crédit Photo : UNICEF / Naftalin)

Dossier spécial: Quelles pistes de solutions

Par Zora Ait El Machkouri

Selon leurs communiqués, la plupart des grandes ONG s’accordent à vouloir renforcer leurs mécanismes et leurs pratiques afin de lutter de manière plus adéquate contre les inconduites et les abus sexuels de leurs membres. C’est d’ailleurs ce qu’a exigé la secrétaire d’État britannique au Développement international, Penny Mordaunt, aux ONG qui reçoivent des subventions publiques.

Tous les Oxfam se sont ainsi mis d’accord pour mettre en place une commission indépendante temporaire qui sera chargée de faire un audit de toutes les pratiques dans tous les pays où sont présents les organismes du réseau. Cette commission externe aura le pouvoir de rouvrir des cas passés. « Dans les prochains jours, nous allons nommer les deux coprésidents de cette Commission qui va revoir toutes nos politiques et nous soumettre des recommandations, autant au niveau de l’appui aux victimes qui doivent se sentir à l’aise de dénoncer, que d’avoir tout en place pour mener des enquêtes sérieuses », a expliqué la dirigeante d’Oxfam-Québec fin février. Elle a précisé qu’aussi bien ses employés nationaux et de terrain que ses coopérants volontaires signent déjà un code de conduite en même temps que leur contrat de travail, et ce, depuis bien avant le scandale. Tous les coopérants volontaires de l’entité québécoise doivent suivre une formation pré-départ de dix jours, qui porte entre autres sur les questions d’égalité entre les sexes, le code de conduite et la politique contre les agressions sexuelles de l’organisme. « Le code va être renforcé sur les questions d’inconduites. Fin février tous les employés auront resigné la nouvelle version. »

L’ONG a également mis en place une ligne téléphonique séparée pour les victimes potentielles, directement reliée au bureau de la directrice des ressources humaines. « Dans un premier temps, elle va écouter la personne, puis soit la référer à une personne-ressource, soit l’aider à aller plus loin dans [le processus de] plainte, a détaillé Mme Byrnes. Il existe déjà une ligne en cinq langues, basée en Europe, et destinée aux lanceurs d’alertes (whistleblowers) pour tous les Oxfam, mais nous nous sommes dit qu’il fallait une ligne de proximité pour encourager les gens à parler. » Depuis sa mise en place à Montréal, quelques appels ont déjà été reçus.

Selon le professeur François Audet, une première piste de solution à court terme pour les ONG serait d’abord de proclamer clairement la tolérance zéro pour ce genre de comportement. Il pense aussi à la mise en place de veilles dans l’exécutif et à des débriefings au retour de missions. Ou encore à des espaces informels et anonymes qui permettraient aux gens de se confier. De là seraient identifier les comportements qui paraissaient normaux sur le terrain, mais qui sont dans les faits inacceptables. « Parce qu’on est dans deux rationalités complètement différentes, surtout à l’étranger, dans une gouvernance parfois complètement inexistante, parfois sans policiers, sans justice, rappelle-t-il. Dans un contexte de crise, c’est le chaos tout le temps, et c’est propre à ce secteur-là, donc il faut que les organisations soient doublement vigilantes. »

La mise en place d’un comité éthique indépendant dont les membres évalueraient les dénonciations est aussi envisageable à moyen terme. Ce à quoi les petites et moyennes ONG ne peuvent arriver seules, car elles ne disposent ni des moyens ni des ressources humaines. « Il doit y avoir plus de la proactivité au niveau des gouvernements donateurs afin qu’ils puissent aider les ONG à s’organiser, estime le directeur de l’OCCAH. Ils leur donnent de l’argent pour qu’elles opèrent et fassent leur travail, mais elles n’ont pas de ressources pour ce genre de comité, surtout au Canada où les dons du public sont plus faibles qu’en Europe. Ici, c’est le gouvernement qui finance à peu près tout. »

Le professeur estime donc que le gouvernement canadien ne devrait pas se distancer du problème actuel, « parce que sans les ONG, il n’y aurait plus de mise en œuvre de la politique d’aide étrangère. » C’est peut-être pourquoi la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, s’est engagée à soutenir les organisations canadiennes, lors d’une réunion de crise qui s’est tenue dans les jours suivant le scandale, réunissant une dizaine de grandes ONG, ainsi qu’à appuyer les petites entités afin qu’elles se dotent d’outils pour lutter contre les inconduites et les abus sexuels. « La ministre s’est dite préoccupée par les pratiques des petits et moyens organismes. J’espère que l’on pourra échanger avec elle sur le financement de moyens collectifs qui nous permettrait d’être plus proactifs sur ces questions », note Michèle Asselin de l’AQOCI.

La dernière piste de solution — et non la moindre selon M. Audet — concerne la protection des victimes sur le terrain. « Comment les identifier, peut-être mettre en place un fonds, aider les gouvernements locaux à identifier les criminels, mettre en place un mécanisme de plaintes, des expulsions, etc. Il faut que les organisations se ressaisissent et trouvent un moyen pour que les victimes puissent être compensées. Comme on fait des audits financiers sur des projets, ne pourrait-on pas faire des audits éthiques sur le comportement des professionnels et des organisations afin de s’améliorer collectivement ? »

Dans la catégorie Numéro 37 (Mars-Mai 2018)

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Publiée par Magazine Sans Frontières sur Jeudi 6 décembre 2018

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